
L'Avare
de Molière

Nouvelle adaptation de Gaspard Legendre
par Le Théâtre du Héron
Musique originale de John Kenny
Produit par Grantly Marshall
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Cette pièce ne parle pas seulement d'argent... mais bien plus d'Amour de jeunes gens !
L’amour est ici le véritable moteur dramatique. Tous les personnages en sont traversés : désir trop vif, désir déplacé, désir clandestin, désir contrarié. Les alliances se font et se défont moins selon les règles sociales que selon des attirances qui débordent les cadres. Sans jamais nommer, la mise en scène laisse affleurer une circulation des élans, des regards et des corps qui ne s’alignent pas sagement. L'idée est de rendre visibles les tensions : aimer autrement, aimer à côté, aimer malgré les murs.
Ces murs prennent la forme d’un dispositif central : des escaliers qui roulent. Ils sont le cœur scénographique du spectacle. Escaliers de maison bourgeoise, escaliers de théâtre, escaliers de fantasmes : ils montent, descendent, glissent, se croisent. Ils construisent l’espace et le déconstruisent sans cesse. Personne n’est jamais vraiment au même niveau que l’autre. Harpagon se croit au sommet, mais le sol se dérobe sous ses pieds. Les amants se cherchent sur des paliers instables, obligés de négocier chaque pas, chaque rapprochement.
Ces escaliers sont aussi une métaphore sociale et intime. On y grimpe pour dominer, on y chute par excès de contrôle. On y espionne, on s’y cache, on y écoute l’amour des autres sans oser le vivre soi-même. Leur mouvement constant empêche toute fixation : aucune place n’est acquise, aucun pouvoir n’est durable. L’avarice devient alors une tentative désespérée d’arrêter le monde, de figer le mouvement, de bloquer la circulation du désir.
Le jeu des acteurs s’inscrit dans cette instabilité. Les corps sont engagés, parfois maladroits, parfois suspendus. Les mots de Molière, respectés dans leur musique, se frottent à des silences, à des respirations, à des gestes qui disent ce que le texte ne formule pas. La comédie reste vive, parfois féroce, mais elle est traversée d’une mélancolie sourde : celle de vies qui auraient pu s’ouvrir autrement.
Les costumes jouent sur une élégance légèrement décalée, ni époque précise ni modernité frontale, comme si ces personnages vivaient dans un temps suspendu, prisonniers de schémas anciens mais déjà en train de les fissurer.
Cette mise en scène cherche à entendre, derrière le rire, le cri d’un homme qui ne sait pas aimer et de jeunes gens qui refusent d’aimer selon les règles imposées. C’est un spectacle sur la circulation — de l’argent, des corps, des désirs — et sur ce qui arrive quand on tente de la bloquer. Car à la fin, l’amour, comme les escaliers, trouve toujours un moyen de bouger.
